Cet article fait partie d’une trilogie consacrée aux trois lieux saints de l’islam mentionnés dans le hadith du Prophète ﷺ : Al Masjid Al-Haram • Al Masjid An-nabawi • Al Masjid Al-Aqsa

À Médine, la Ville illuminée (Al-Madinah al-Munawwarah), se trouve un lieu dont la sérénité touche le cœur avant même que les mots n’y parviennent : Al-Masjid an-Nabawi, la Mosquée du Prophète ﷺ. Fondée en 622 (1 AH), quelques jours seulement après l’Hijra (émigration du Prophète ﷺ depuis La Mecque), elle fut la première mosquée construite par le Messager d’Allah ﷺ lui-même, avec l’aide de ses Compagnons bien-aimés. Pour les musulmans du monde entier, ce n’est pas seulement un monument sacré, mais un espace de proximité spirituelle unique, marqué par la présence physique et spirituelle du Prophète ﷺ, par l’histoire fondatrice de l’islam, et par une paix intérieure (sakina) que beaucoup décrivent comme incomparable. Ici repose le Bien-Aimé d’Allah ﷺ, entouré de ses deux compagnons fidèles Abu Bakr as-Siddiq et Umar ibn al-Khattab (رضي الله عنهما). Ici se trouve Ar-Rawda ash-Sharifa, fragment de paradis terrestre. Ici résonne encore, dans le cœur des croyants, l’écho de la voix prophétique qui guidait la première communauté musulmane. Deuxième lieu saint de l’islam après Masjid al-Haram, Al-Masjid an-Nabawi demeure, depuis quatorze siècles, le lieu où la prière rencontre la présence du Prophète ﷺ.
Nom officiel : Al-Masjid an-Nabawi (المسجد النبوي, "Mosquée du Prophète")
Autre nom : Al-Haram an-Nabawi ash-Sharif (Noble Sanctuaire Prophétique)
Localisation : Médine (Al-Madinah al-Munawwarah), région de Médine, Arabie saoudite
CONSTRUCTION ORIGINELLE :
Fondation : 622 CE (1 AH), quelques jours après l'Hijra
Constructeur : Prophète Muhammad ﷺ avec ses Compagnons (Sahaba)
Dimensions initiales : 30m × 35m environ (cour simple, toit branches palmier, colonnes troncs)
Fonction : Mosquée, maison du Prophète ﷺ, centre gouvernance, école coranique
LIEU DE SÉPULTURE :
- Prophète Muhammad ﷺ (décédé 632/11 AH)
- Abu Bakr as-Siddiq (رضي الله عنه, décédé 634/13 AH)
- Umar ibn al-Khattab (رضي الله عنه, décédé 644/23 AH)
EXTENSIONS MAJEURES :
- 638 : Umar ibn al-Khattab (première extension)
- 707-709 : Calife omeyyade Al-Walid (intègre chambres Prophète, construit 4 minarets)
- 1481-1483 : Sultan mamelouk Qaitbay (Dôme Vert actuel)
- 1848-1860 : Sultan ottoman Abdülmecid (restauration majeure)
- 1950-1955 : Roi saoudien Abdulaziz (première extension moderne)
- 1985-1992 : Roi Fahd (extension massive, place ombragée 10 parasols géants)
- 2012-2024 : Extension en cours (capacité finale 2+ millions)
DIMENSIONS ACTUELLES :
Superficie : ~400 000 m² (avec esplanades)
Capacité : 1 million+ fidèles (1,6 million lors Ramadan)
Minarets : 10 (hauteur 104m chacun)
Particularité : Dôme Vert (Al-Qubbah al-Khadra) au-dessus tombe du Prophète ﷺ
AR-RAWDA ASH-SHARIFA :
Emplacement : Entre tombe du Prophète ﷺ et minbar original (environ 22m × 15m)
Hadith : "Entre ma maison et mon minbar se trouve un jardin parmi les jardins du Paradis" (Sahih Bukhari, Sahih Muslim)
Tapis distinctif : Vert (reste mosquée : rouge/beige)
RÉCOMPENSE SPIRITUELLE :
Hadith : "Une prière dans ma mosquée vaut mille prières ailleurs, sauf Masjid al-Haram" (Sahih Bukhari, Sahih Muslim)
Statut : Deuxième lieu saint de l'islam (après Masjid al-Haram La Mecque, avant Al-Masjid Al-Aqsa Al-Qods)
Construite par les mains du Messager d’Allah ﷺ et de ses Compagnons

Al-Masjid an-Nabawi n’a pas été conçue par des rois puissants ou des architectes renommés, mais par le Prophète Muhammad ﷺ lui-même, avec ses Compagnons bien-aimés (Sahaba), dans la simplicité et l’humilité qui caractérisaient sa vie. Quelques jours seulement après son arrivée à Médine en septembre 622 (1 AH), fuyant la persécution mecquoise, le Prophète ﷺ acheta un terrain — jardin appartenant à deux orphelins nommés Sahl et Suhayl — et commença immédiatement la construction de la mosquée. Il participa physiquement au travail : portant des briques de terre crue, transportant des pierres, alignant des troncs de palmiers servant de colonnes, tissant des branches pour le toit. Les Compagnons chantaient en travaillant : « Ô Allah, il n’y a de bien que celui de l’au-delà, pardonne donc aux Ansars et aux Muhajirins », et le Prophète ﷺ répétait avec eux, souriant, encourageant, priant pour chacun. La mosquée initiale mesurait environ 30m × 35m, avec une cour ouverte, un toit de branches de palmier, des colonnes en troncs de dattiers, et un sol de terre battue. Cette origine confère à la mosquée une dimension profondément humaine et sacrée : elle n’est pas seulement un lieu bâti pour Allah, mais un lieu bâti avec le Messager d’Allah ﷺ — chaque pierre posée par ses mains bénie.
Meshari Alawfi, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Les chambres du Prophète ﷺ (hujurat) étaient accolées au mur est de la mosquée — simples pièces en briques de terre, toits de branches, portes de cuir. C’est dans la chambre d’Aïcha (رضي الله عنها), modeste espace de quelques mètres carrés, que le Prophète ﷺ rendit l’âme en 632, la tête reposant sur son épaule. Par respect, elle demanda à être enterrée ailleurs, mais Abu Bakr et Umar furent inhumés auprès du Prophète ﷺ selon leur souhait — transformant cette chambre en sanctuaire le plus sacré après la Kaaba.
Ar-Rawda : fragment de paradis offert aux croyants
Entre la tombe du Prophète ﷺ et son minbar (chaire) se trouve Ar-Rawda ash-Sharifa (Le Noble Jardin), espace d’environ 22 mètres × 15 mètres recouvert d’un tapis vert distinctif (le reste de la mosquée étant en rouge/beige). Le Prophète ﷺ dit dans un hadith authentique rapporté par Bukhari et Muslim : « Entre ma maison et mon minbar se trouve un jardin parmi les jardins du Paradis, et mon minbar est sur mon Bassin [al-Hawd, au Jour du Jugement]. » Pour les musulmans, prier dans la Rawda est une expérience spirituelle d’une intensité rare — moment de proximité exceptionnelle avec le Bien-Aimé d’Allah ﷺ, lieu où les invocations semblent portées directement vers le ciel. Beaucoup y entrent avec des larmes de gratitude, des invocations silencieuses (duaa), et un sentiment profond de paix (sakina) que les mots peinent à décrire, comme si le temps terrestre s’y suspendait pour laisser place à une dimension éternelle. Certains rapportent avoir ressenti une présence spirituelle enveloppante, une douceur inexplicable, comme si les anges eux-mêmes priaient aux côtés des croyants. Prier dans la Rawda n’est pas obligation rituelle, mais cadeau divin — fragment de Jannah (paradis) offert aux visiteurs de Médine, avant-goût de la demeure éternelle promise aux pieux.

Najamuddin Shahwani, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
L’accès à la Rawda est réglementé pour gérer l’afflux massif de pèlerins (des millions chaque année). Les femmes y accèdent généralement après Fajr et Isha, les hommes à d’autres moments. Malgré l’attente parfois longue, les croyants patientent avec joie — car entrer dans la Rawda, même quelques minutes, est considéré comme bénédiction immense (barakah). Beaucoup y accomplissent deux rakaat surérogatoires, puis invoquent Allah longuement, pleurant parfois d’émotion devant la proximité du Prophète ﷺ.
Là où repose le Bien-Aimé d’Allah ﷺ : visiter sans adorer

Contrairement à toutes les autres grandes mosquées du monde islamique, Al-Masjid an-Nabawi abrite la tombe du Prophète Muhammad ﷺ, située dans ce qui était autrefois la chambre de son épouse Aïcha (رضي الله عنها), accolée au mur est de la mosquée originelle. Lorsque le Prophète ﷺ décéda le lundi 12 Rabi al-Awwal 11 AH (8 juin 632), il fut enterré à l’endroit même où il rendit l’âme, conformément à son hadith : « Les prophètes sont enterrés là où ils meurent. » Ses deux compagnons bien-aimés, Abu Bakr as-Siddiq (رضي الله عنه, décédé 634) et Umar ibn al-Khattab (رضي الله عنه, décédé 644), furent ensuite inhumés à ses côtés selon leur volonté testamentaire. Aujourd’hui, la tombe est entourée de grilles métalliques et protégée par le Dôme Vert (Al-Qubbah al-Khadra), construit en 1481 par le sultan mamelouk Qaitbay — repère visuel emblématique de Médine, symbole de la présence prophétique. Pour les musulmans, adresser les salutations au Prophète ﷺ (As-salamu alayka ya Rasulallah) face à sa tombe est acte d’amour, de respect et de fidélité — non pas adoration (interdite en islam), mais reconnaissance envers celui qui transmit le message divin. La présence de sa tombe transforme la mosquée en lieu de mémoire vivante, où la Sunna (tradition prophétique) n’est pas abstraite mais incarnée, où l’histoire devient présence, où le passé et le présent se rejoignent dans la prière.
Indonesiagood, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Selon certaines traditions, un quatrième emplacement reste réservé dans la chambre funéraire pour Issa ibn Maryam (Jésus fils de Marie, عليه السلام), qui selon la croyance islamique redescendra sur terre à la fin des temps et sera enterré à Médine auprès du Prophète Muhammad ﷺ — symbole ultime de la fraternité prophétique unissant tous les messagers d’Allah.
Le cœur battant de la première Oummah : mosquée, école, tribunal, refuge
À l’époque du Prophète ﷺ (622-632), la mosquée était bien plus qu’un lieu de prière : c’était le centre névralgique de la première communauté musulmane (Oummah). On y apprenait le Coran directement de la bouche du Prophète ﷺ, assis en cercles (halaqat) sur le sol de terre battue. On y réglait les affaires politiques et juridiques — le Prophète ﷺ y recevait les délégations tribales, arbitrait les conflits, rendait la justice avec équité. On y accueillait les pauvres et les voyageurs dans la Suffa (portique nord de la mosquée) où résidaient les Ahl as-Suffa (Gens du Banc), compagnons sans foyer dévoués à l’apprentissage, nourris par la communauté. On y organisait les expéditions militaires défensives, on y distribuait l’aumône (zakat), on y célébrait les mariages, on y soignait les blessés après les batailles. Le Prophète ﷺ y enseignait le tawhid (unicité divine), la morale, l’éthique commerciale, les droits des femmes, l’hygiène, la justice sociale — vision holistique où spiritualité et responsabilité sociale étaient indissociables. Cette polyvalence rappelle que l’islam, dès ses débuts, n’était pas religion confinée au rituel, mais système de vie intégral unissant adoration d’Allah et service de l’humanité. La mosquée était école, tribunal, refuge, hôpital, parlement — microcosme d’une société idéale guidée par la révélation.

Tevfik Teker, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Les femmes participaient activement à la vie de la mosquée : elles priaient derrière les hommes (avec espace distinct), assistaient aux cours du Prophète ﷺ, posaient des questions de jurisprudence, et certaines comme Aïsha (رضي الله عنها) devinrent savantes de premier plan, enseignant des milliers de hadiths après la mort du Prophète ﷺ. La mosquée du Prophète ﷺ n’excluait personne — riches et pauvres, Arabes et non-Arabes, hommes libres et anciens esclaves affranchis priaient côte à côte, incarnant l’égalité devant Allah.
Mille prières en une : la récompense prophétique de Médine

Selon la tradition prophétique authentique rapportée par Bukhari et Muslim, le Prophète ﷺ dit : « Une prière dans ma mosquée vaut mieux que mille prières ailleurs, sauf Al-Masjid al-Haram [La Mecque]. » Certaines versions précisent que la prière à La Mecque vaut 100 000 prières, à Médine 1 000 prières, et à Al-Aqsa (Jérusalem) 500 prières — hiérarchie spirituelle reflétant le statut des trois lieux saints. Cette valeur spirituelle exceptionnelle donne à chaque prière accomplie à Médine un poids particulier, incitant les fidèles à la présence du cœur (khushu), à la concentration absolue, et à la gratitude profonde envers Allah pour ce privilège. À Médine, la prière devient acte profondément conscient — non pas geste mécanique répété, mais rencontre intime avec le Créateur dans le lieu même où le Prophète ﷺ priait, enseignait, vivait. Beaucoup rapportent que prier à Al-Masjid an-Nabawi transforme la foi : l’expérience de se prosterner où le Messager d’Allah ﷺ se prosternait, de réciter où il récitait, de marcher où il marchait, ancre la spiritualité dans une réalité tangible et historique. Les larmes coulent spontanément, les cœurs s’adoucissent, les résolutions se renforcent. Médine ne laisse personne indifférent — elle grave dans l’âme une empreinte ineffaçable, nostalgie (shawq) qui pousse le croyant à y revenir encore et encore.
Ali Lajami, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Le Prophète ﷺ aimait tellement Médine qu’il invoqua Allah ainsi : « Ô Allah, fais-nous aimer Médine autant que Tu nous as fait aimer La Mecque, ou plus encore. » (Bukhari) De nombreux musulmans ressentent effectivement un attachement émotionnel inexplicable à Médine — sensation de « retour chez soi » spirituel, comme si l’âme reconnaissait le lieu où l’islam prit racine. Beaucoup pleurent en quittant Médine, priant pour y revenir avant de mourir.
Une parole prophétique prononcée à Médine même
Le Prophète Muhammad ﷺ, parlant depuis Médine même, a dit : « On ne prépare les montures pour voyager qu’en direction de trois mosquées : Al-Masjid al-Haram [La Mecque], ma mosquée [Médine], et Al-Masjid Al-Aqsa [Jérusalem]. » (Sahih Bukhari 1189, Sahih Muslim 1397)
Ce hadith authentique établit Al-Masjid an-Nabawi comme deuxième lieu saint de l’islam, position unique qui découle de sa relation intime avec le Prophète ﷺ lui-même. Alors que La Mecque demeure la qibla universelle et la destination du Hajj obligatoire (cinquième pilier), Médine occupe une place irremplaçable dans le cœur des musulmans : c’est la ville qui accueillit le Messager d’Allah ﷺ lors de l’Hijra (622), où il vécut ses dix dernières années, où il enseigna le Coran, où il établit la première communauté musulmane, et où il repose aujourd’hui sous le Dôme Vert. Une prière accomplie ici vaut mille prières ailleurs (sauf à La Mecque), et visiter sa tombe pour lui adresser les salutations est un acte d’amour et de fidélité profondément ancré dans la tradition musulmane.
Le troisième lieu du triangle sacré, Al-Masjid Al-Aqsa à Al-Qods (Jérusalem), complète cette géographie spirituelle : premier qibla de l’islam et lieu de l’Isra et du Mi’raj, il relie l’Oummah à la continuité prophétique depuis Ibrahim, Musa et Issa (عليهم السلام) jusqu’à Muhammad ﷺ. Ensemble, ces trois mosquées forment un triangle sacré unissant l’islam à travers l’histoire et l’espace : La Mecque (origine abrahamique et cœur rituel), Médine (vie prophétique et transmission de la Sunna), Al-Qods (continuité prophétique et élévation céleste). Visiter les trois au cours d’une vie constitue le rêve partagé de tout musulman — pèlerinage complet tissant un lien personnel avec les racines géographiques de la foi.
Le fait que le Prophète ﷺ ait prononcé ce hadith en désignant Médine comme « ma mosquée » (masjidi) souligne l’intimité particulière de ce lieu : ce n’est pas seulement « la mosquée du Prophète » (an-Nabawi) par attribution historique, mais « sa mosquée » par appropriation affective. Il la construisit de ses mains, y pria des milliers de fois, y enseigna ses Compagnons, et y fut enterré. Cette relation personnelle unique fait de chaque visite à Médine une rencontre — non pas avec un monument du passé, mais avec la présence vivante du Bien-Aimé d’Allah ﷺ qui continue d’habiter spirituellement ce lieu béni.
Al-Masjid an-Nabawi n’est pas seulement une destination de pèlerinage ; c’est une rencontre avec le Bien-Aimé d’Allah ﷺ, une immersion dans l’histoire sacrée de l’islam, et une expérience de paix intérieure (sakina) que beaucoup cherchent toute une vie sans la trouver ailleurs. Dans le silence respectueux de la Rawda, fragment de paradis terrestre où le temps semble suspendu, dans la prière collective où des centaines de milliers de voix murmurent ensemble les paroles révélées, dans les salutations adressées au Prophète ﷺ face à sa tombe bénie sous le Dôme Vert, le croyant ressent que la foi n’est pas seulement transmise par des textes, mais aussi par des lieux chargés de lumière (nur) et de miséricorde (rahma). Médine enseigne que l’islam n’est pas abstraction théologique, mais présence vivante — celle du Prophète ﷺ qui construisit cette mosquée de ses mains, celle des Compagnons qui y apprirent le Coran, celle des millions de croyants qui depuis quatorze siècles y viennent chercher la proximité d’Allah. À Médine, la prière rencontre la présence — présence du Messager ﷺ dont le corps repose ici mais dont l’esprit guide encore la Oummah, présence divine qui enveloppe chaque visiteur d’une douceur ineffable. Celui qui part de Médine ne revient jamais tout à fait le même — il emporte avec lui une nostalgie sacrée, un shawq (désir ardent) de revenir, et la certitude que quelque part sur terre existe un lieu où le ciel et la terre se touchent, où le Prophète ﷺ attend ses frères et sœurs en foi avec un sourire éternel.

