Nasir-al-Molk : la mosquée rose, joyau lumineux de Shiraz

Pawel Ryszawa, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Nasir-ol-Molk, la mosquée rose au coeur de Shiraz

Chaque matin à Shiraz, un spectacle de lumière se produit. Lorsque les premiers rayons du soleil traversent les vitraux de la mosquée Nasir-ol-Molk, le sol de pierre se transforme en une toile vivante de couleurs chatoyantes. Ce spectacle éphémère fait de cet édifice qajar l’une des mosquées les plus photographiées d’Iran.

Localisation : Shiraz, province de Fars, Iran
Construction actuelle : 1876-1888
Meilleur moment pour visiter : Journée ensoleillée, tôt le matin pour profiter du spectacle de lumières
Vitraux : 7 fenêtres ornées (façade ouest de la salle de prière d'hiver)
Colonnes : 12 colonnes sculptées en spirale
Salle de prière principale : Shabestan ouest avec plafond à coupoles
Surface construite : 2216 m²
Superficie au sol : 2890 m²
Capacité : 4500 fidèles

Une façade discrète mais raffinée

Au cœur de la ville de Shiraz, dans la province de Fars, la mosquée Nasir-al-Molk s’impose par sa façade mêlant briques, carreaux colorés et minarets discrets — l’édifice fut construit entre 1876 et 1888 sous la dynastie Qajar.
La dynastie Qajar (1789-1925) marque une période d’ouverture à l’influence occidentale en Iran. Cette fascination pour la culture européenne se traduit dans l’architecture par l’adoption de motifs floraux colorés et de vitraux, rompant avec la tradition des formes géométriques et des couleurs froides comme le turquoise qui dominaient jusque-là.

Matt Biddulph from UK, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Loin des grands dômes imposants auxquels on s’attend souvent, elle privilégie l’intimité du décor et l’éclat des volumes.

Le miracle de la lumière

Ce qui distingue véritablement cette mosquée est son exceptionnelle interaction avec la lumière : les vitraux multicolores de la salle de prière laissent pénétrer les rayons du soleil du matin et peignent le sol de motifs roses, violets, bleus et dorés.

MohammadReza Domiri Ganji, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le résultat ? La salle de prière se transforme en kaléidoscope vivant, expérience visuelle rare dans l’architecture religieuse iranienne.

Un vocabulaire architectural qajar

À l’intérieur, chaque détail raconte une histoire : spirales de colonnes, muqarnas (stalactites décoratives), carreaux peints aux motifs floraux et palette dominée par le rose — d’où son surnom de « Pink Mosque ».

Les architectes Mohammad Hasan-e-Memar (qui avait également conçu le célèbre jardin Eram), Mohammad Hosseini Shirazi et Mohammad Reza Kashi-Saz-e-Shirazi ont mis douze ans à achever l’édifice. Les vitraux furent ajoutés plus tardivement, en 1969, par l’artisan Mirza Ayat.

akhodadadi, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Le style « Panj Kāse » (cinq concavités) est présent dans sa structure architecturale, un signe de raffinement propre à cette époque.

Un écrin urbain et spirituel

Située dans le quartier de Gowd-e Araban à Shiraz, la mosquée flotte presque à l’écart de l’agitation urbaine, pourtant à proximité du mausolée de Shah Chérâgh.

Ayyoubsabawiki, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Commandée par l’aristocrate local Mirza Hasan Ali Nasir‑ol‑Molk, elle rappelle que l’architecture religieuse peut aussi être un acte de mécénat intime et raffiné. Mirza Hasan Ali Nasir-ol-Molk, issu de l’illustre famille Qavam et gouverneur de la province de Fars sous le règne de Nasser-al-Din Shah Qajar, était reconnu pour sa justice et son équité.

Un joyau à préserver

En tant que lieu de culte toujours en usage, la mosquée Nasir-al-Molk est aussi une destination touristique prisée — le matin, en particulier, les visiteurs affluent pour assister au spectacle de lumière.
Mais ce joyau fragile exige des soins attentifs : l’entretien de ses vitraux, la conservation des carreaux, la gestion de l’humidité ; autant de défis pour préserver son éclat unique pour les générations futures.

Ramin Rahmani Nejad Asil, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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